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Mythes et légendes

En Haute Savoie, sur le Mont Parmelan on raconte qu'une sorcière puisait de la glace dans la Glacière de l'Enfer, puis la transformait en grêle avant de la déverser sur les champs des paysans qui lui étaient hostiles (BALCH 1900), une manière originale d'associer certains phénomènes météoriques aux glaces souterraines.

A Chaux-les-Passavant, la glacière servait de baromètre naturel au XVIIe siècle. Les paysans ne manquaient pas de consulter cet almanach avant d'entreprendre certains ouvrages car l'émanation de vapeur d'eau était le signe infaillible qu'il y aura de la pluie le lendemain.

Dans le massif jurassien, la croyance paysanne quant à la formation de glace en été fut telle, qu'elle est encore parfois évoquée aujourd'hui. Dans un article paru en 1995, il est écrit que c'est surtout pendant les mois les plus chauds que la glace se forme ! (la Boussole No 35).


Lieux de pèlerinage

La Glacière d'Amarnath, située dans le Cashmir contennait deux petits blocs de glace pérenne, incarnation des dieux Shiva et Ganesh pour de nombreux Hindous. Des milliers de pèlerins en provenance des quatre coins de l'Inde s'y rendaient chaque année à la fin juillet et au début août pour y déposer leurs offrandes. La route était longue et dangereuse, et de nombreux pèlerins périssaient lors du voyage (BALCH 1900).

On trouve également des pratiques similaires dans les Montagnes Blanches (Arizona) où une petite grotte remplie de neige jusqu'en été représentait le souffle des Dieux pour les Amérindiens Zuni (BALCH 1900).

D'étranges pratiques se déroulaient encore à Chaux-les-Passavant durant les siècles passés. Le chanoine Fleury (Mercure de France, 1741) raconte les faits suivants: Les habitants de Vellerot, dit-il, étaient obligés d'apporter chaque année, par eux-mêmes ou par un député, à l'Eglise métropolitaine de Besançon, pour la grand'messe du 3 août, un morceau de glace de cinq à six livres". Cette offrande était, à l'époque où écrivait M. Fleury, d'un usage déjà fort ancien, elle se faisait avec un certain cérémonial, et on pensait qu'elle avait été instituée plusieurs siècles auparavant en réparation d'un assassinat commis, sur la personne d'un chanoine, par les habitants du village; avant le siège de 1674 elle avait lieu à Saint-Etienne. Cette coutume existait depuis bien longtemps, paraît-il, lorsqu'en 1554 les gens de Vellerot furent condamnés par l'official de l'archidiacre de Besançon à une amende de vingt livres, pour avoir négligé pendant deux ans l'accomplissement de ce devoir (GIRARDOT 1885). Dans cette glacière, un pèlerinage fut encore organisé par la suite tous les 15 août. A cette occasion, une vierge était sculptée dans la glace.


Enfer souterrain

Lieu de mystère et de croyances populaires, rencontre entre l'enfer souterrain et le royaume des glaces, les glacières ont parfois suscité une certaine répulsion. Il faut en effet un certain courage pour pénétrer dans les entrailles glaciales de la terre, car malgré la splendeur du paysage figé par le froid, il y a toujours ce silence pesant, cette obscurité insoutenable, ce climat polaire et ces stalactites de glaces prêtes à céder à chaque instant. Bénigne POISSENOT (1586) n'ajouta-il point lors de sa visite à Chaux-les-Passavant les faits suivants:

"Ne pensez que parmy ces délices, dit-il, je fusse du tout exempt de peur; car jamais je ne jettoye mes yeux en [448] haut que de frayeur tout le corps ne me frissonnast et que les cheveux ne me dressassent en teste, voyant tout le dessus de la grotte revestu de gros glaçons massifs, le moindre desquels, tombant sur moy, estoit suffisant de m'esarbouiller le cerveau et me mettre en pièce; tellement que j'estois semblable à ce criminel qu'on dict estre puny aux Enfers de la crainte continuelle d'une grosse pierre qui semble luy debvoir à tout coup lui tomber sur les oreilles."

Quant à Seigneux de Correvon, sa visite à la glacière de St-Livres en 1737 lui vallu le poème suivant:

"Comme dans ce grand vilain trou,
On va toujours sans savoir où,
Sûr d'y tomber plutôt que d'y descendre Et que l'on voit au-desssus de soi
Un roc toujours prêt à se fendre
Les curieux pourront s'attendre
d'y trouver tout autre que moi"

Pour terminer ce chapitre, une photo prise en juillet 1997 lors de nos premières prospections à la glacière de Saint-Livres illustre de manière déconcertante le mystère que les glaces souterraines peuvent parfois évoquer. Un visage formé par Dame Nature avait pris forme pour quelques semaines seulement. Incarnation du dieu des glaces ou du monde souterrain, sorte de vieux sage ou de sphinx égyptien, autant de représentations susceptibles d'alimenter les mythes populaires. A la fin de l'été, il avait pratiquement disparu.


 Apparition d'un visage à la glacière de Saint-Livres
au mois de juillet 1997 (photo: S.Godin)
 
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